Réutilisation

Ordinateurs solidaires

logo du label ordinateurs solidaires

La production d’ordinateurs et de téléphones portables ne cesse de croître dans le monde pour bientôt atteindre le nombre d’êtres humains vivant sur la planète. Derrière cette croissance vertigineuse se joue un triple défi autour du réemploi et du recyclage de ces produits : réduire l’impact de la production des technologies de l’information sur l’environnement (de leur production à leur destruction), permettre l’accès au plus grand nombre à l’informatique en luttant contre la fracture numérique et créer de nouveaux emplois dans les gestion de la seconde vie de ces produits jusqu’à leur recyclage.  Pour répondre à ces défis économiques, sociaux et environnementaux, l’Agence mondiale de solidarité numérique s’est mobilisée dès sa création en 2005 pour permettre la mise en place d’écosystèmes de réemploi et de recyclage vertueux se basant sur une logique solidarité et de labellisation. A l’initiative des labels de réemploi informatique Ordi 2.0 et Ordinateurs Solidaires,  elle s’est appuyé sur la directive européenne sur la gestion des déchets électriques, électroniques et électroménagers (DEEE) pour favoriser des filières solidaires et durables de réemploi informatique.

De la propriété à la fonctionnalité.

Logo de l'initiative ordi 2.0

De la propriété à la fonctionnalité. La version 2.0 d’un logiciel signifie qu’on est passé d’un système à un autre. Du web 1.0, encore calqué sur l’ancien monde au Web 2.0, celui du web social, collaboratif et transversal. Un changement de paradigme. Pour l’utilisation des ordinateurs, l’idée du label Ordi 2.0, lancée en 2006 par quelques pionniers autour d’une table, c’était d’allonger la durée de vie du matériel professionnel pour réduire au maximum son gaspillage. Au moins doubler la durée de vie pour réduire par deux une empreinte environnementale très lourde. C’est aussi faire un travail de sensibilisation, d’éducation et de formation pour permettre une prise de conscience collective autour d’une utilisation différente des nouvelles technologies. Car au fond, il s’agit de passer à une étape totalement différente dans le partage des ressources. D’une logique de propriété, celle de l’ordinateur personnel (PC) à celle d’une économie de la fonctionnalité où l’on rétribue un service, un usage. L’informatique nuagétique (cloud computing en anglais), qui se développe fortement aujourd’hui va sans doute permettre d’accélérer ce mouvement en inversant la charge de la propriété.

Réutilisation d'ordinateurs quelles logiques de propriété ?

Si les fabricants d’ordinateurs deviennent massivement des prestataires de services informatiques louant des heures d’utilisation de machines, ils devraient logiquement faire en sorte que ces machines durent le plus longtemps possible. L’inverse du système qu’ils ont contribué à mettre en place pour démocratiser l’informatique : celui de l’obsolescence programmée du matérielle dans une alliance tacite ou réelle avec les « 3P » : producteurs de matériel, fabricants de processeurs, éditeurs de programmes.

Cette logique de court terme est désormais à bout de souffle. Les matières premières s’envolent, les terres rares sont monopolisées par la Chine, l’export illégal de déchets électroniques n’est plus accepté, ni par ses victimes ni par les opinions publics,  l’évolution des normes et des directives intègrent désormais le réemploi et le recyclage dans les obligations du producteur. Le mouvement est très lent mais il est semble-t-il inexorable. Reste à changer le plus difficile : les habitudes et les mentalités. Si acheter une voiture d’occasion est normal et répandu, cela est beaucoup moins évident pour un ordinateur ou un téléphone portable. Encore faut-il qu’une offre qualitative et quantitative existe comme dans n’importe quel marché d’occasion. Il faut pour cela créer les conditions du changement en mobilisant les bonnes volontés autour d’idées simples et concrètes.

Créer les conditions du changement en mobilisant les bonnes volontés autour d’idées simples et concrètes.

Réparation et reconditionnement d'ordinateurs

Créer une nouvelle chaîne de valeur solidaire et durable. En attendant que l’économie de la fonctionnalité l’emporte sur celle de la propriété consumériste de court terme, il est possible de créer des chaînes de valeur nouvelles basée sur la durabilité, la solidarité et les boucles courtes. Dans le label Ordinateurs Solidaires, la valeur s’ajoute à chaque bout de la chaîne. Les détenteurs de parcs informatiques donnent le meilleur de leur matériel déjà amorti (4 ans maximum pour la bureautique). Les reconditionneurs permettent une seconde vie du matériel dans les meilleures conditions (test, effacement sécurisé des données, garantie, traçabilité et retour du matériel pour recyclage en fin de vie) et ils favorisent la création d’emploi d’insertion. Enfin, les bénéficiaires s’engagent à former des publics exclus de la société de l’information en échange de matériel mis à disposition gracieusement. Cette chaine de valeur nécessite une animation locale qui peut être confiée par exemple à un espace public numérique (EPN) comme la Maison de Grigny en Rhône-Alpes. Enfin, le modèle économique de cet écosystème est assez simple. La valeur crée par les différents acteurs du label s’ajoute et permet au système de s’autofinancer. Au-delà de ces différents bénéfices, cette chaîne de solidarité favorise également un traitement local de ces déchets. Ceci évite leur revente à des brokers parfois peu scrupuleux qui favorisent l’exportation illégale, réduit le transport inutile du matériel vers des centres de traitement éloignés et enfin,  stimule l’économie locale dans la gestion des déchets.

Une piste pour l’avenir

Déchets des équipements électriques et électroniques (DEEE)

La directive européenne sur les DEEE est actuellement en cours de refonte, notamment pour intégrer les parcs professionnels qui constituent le gisement le plus intéressant pour le réemploi informatique. Le parc ménager gère en effet sa réutilisation de façon autonome (réemploi « familial » ou revente sur EBay) et il arrive généralement en fin de vie à la déchèterie. La DEEE actuelle sur le parc ménager permet progressivement d’atteindre un taux de recyclage significatif, malgré un système de taxe absurde et une absence de chiffrage du réemploi. L’évolution de la directive pour le matériel professionnel est donc une chance. Il devrait d’une part donner un objectif chiffré au réemploi. D’à peine 2% actuellement selon les estimations, le réemploi pourrait atteindre au moins 10% si les dispositifs de labellisations durables et solidaires étaient soutenus et démultipliés. Les trois éco-organismes labellisés par l’Etat pour gérer la seconde et la fin de vie de ces DEEE pourraient s’appuyer sur ces initiatives pour remplir leurs obligations en favorisant d’une part le réemploi et d’autres parts le recyclage durable, solidaire et local des déchets électroniques.