Une Fracture numérique nord-sud

Illustration de la fracture numérique nord-sud

A l’heure de la globalisation numérique et du printemps arabe catalysé par Facebook et Twitter, il y a dans le monde autant de téléphones portables que d’êtres humains. Le monde de la connaissance change à une vitesse exponentielle suivant d’une certaine façon la loi informatique de Moore sous l’effet catalyseur des technologies de l’information et de la communication. Les capacités sans cesse élargies de computation et de partage de données permettent des gains de productivité tels que l’économie et les modes de vie en sont profondément bouleversés. Cette révolution n’en est qu’à ses prémices et elle est pour la première fois, complètement mondiale.

 

Dans ce contexte, l’accès universel et l’appropriation massive des TIC par les populations des pays les moins avancés du monde représente un enjeu majeur car ces technologies constituent un formidable levier pour le développement. Moyens privilégiés d’expression et d’accès au savoir ces technologies sont une chance extraordinaire pour la jeunesse de ces pays en quête de reconnaissance et en recherche des nouveaux emplois qualifiés de la mondialisation.

 

Cependant, cette globalisation numérique n’est pas du tout homogène, ce qui accentue les déséquilibres déjà existants. Le « fossé numérique » nord-sud (80% des utilisateurs des TIC représente 20% de la population mondiale) pénalise fortement les pays les moins avancés et il fragilise leur entrée dans une économie de croissance stable et moderne. Il faut donc agir fortement pour combler ce fossé numérique en soutenant l’intégration progressive et structurelle des TIC dans l’économie et les différents modes d’organisation des pays les moins avancés. 

Taux d'utilisateurs d'internet dans le monde en 2008, ( source Banque Mondiale )

Carte présentant les taux d'utilisateurs d'internet dans le monde (source Banque Mondiale)

Le numérique, levier du développement ?

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) constituent progressivement de puissants leviers pour le développement. Le rapport 2007-2008 de la CNUCED  a confirmé cette propriété des TIC à favoriser l’essor économique et social des territoires Ce rapport démontre une forte corrélation entre l’intégration des TIC dans certains pays émergents et un accroissement notable de l’indice de développement humain. La lutte contre le fossé numérique devient donc un enjeu stratégique dans la lutte contre la pauvreté et la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). De nombreux acteurs non étatiques et des autorités locales de pays développés au Nord travaillent désormais au renforcement des capacités des acteurs locaux du Sud par la mise en œuvre de programmes de développement intégrant l’utilisation des TIC. Ces programmes, dits « d’infodéveloppement », concernent aussi bien la santé, l’éducation, l’économie, la culture, la gouvernance, l’agriculture, ou encore la protection civile.

Rapport 2008 de la CNUCED sur l'économie de l'information
Science et technologie pour le développement: Le nouveau paradigme des TIC.
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Surmonter les obstacles

Installation d'un accès à internet par satellite en zone rurale Africaine Installation d'un accès à internet par satellite en zone rurale Africaine

Ces stratégies d’infodéveloppement ne sont toutefois possibles que dans certaines zones géographiques en fonction de l’accès énergétique, de la connectivité et du niveau d’équipement informatique. L’approche territoriale montre ainsi que tout programme d’infodéveloppement se confronte dans un premier temps à un ensemble d’obstacles primaires principalement liés à la question de l’accès aux TIC. Ce n’est qu’une fois cette question résolue que peuvent être traités les obstacles secondaires, concernant le développement des usages et des contenus. Les questions de l’accès, des usages et des contenus constituent donc le cœur d’une matrice permettant de mieux comprendre les échecs trop souvent constatés dans de multiples projets utilisant les TIC pour des projets de développement.

Mettre en réseau, agir ensemble : être solidaire

Pour surmonter cet ensemble d’obstacles il convient de partager les retours d’expériences, mutualiser les ressources, favoriser les logiques de décloisonnement entre les différents acteurs (ONG, entreprises, universités, institutions, collectivités, etc.), organiser une concertation et une coordination pérennes entre ces acteurs, produire de l’intelligence collective, capitaliser et diffuser les données clés. Or, ces logiques de concertation et de mutualisation ne se mettent que très rarement en place de manière spontanée, chacun agissant dans ses cadres d’action spécifiques et dans une logique de « drapeau ». Pour assurer une meilleure mutualisation des pratiques, l’intervention de structures extérieures dont la vocation est d’assurer ces fonctions d’analyse, d’assemblage, de catalyse et de mise en cohérence est nécessaire. C’est ce que se propose d’apporter l’Agence et ses partenaires.

Jean-Jack Queyranne, Abdoulaye Wade, Gérard Collomb, Bernard Kouchner et Alain Madelin lors de la Conférence de Lyon sur la Solidarité numérique Jean-Jack Queyranne, Abdoulaye Wade, Gérard Collomb, Bernard Kouchner et Alain Madelin lors de la Conférence de Lyon sur la Solidarité numérique

Le déficit actuel de compréhension des besoins locaux, de concertation puis de planification territoriale explique en grande partie l’inefficacité de certains financements et le découragement des acteurs locaux. Or, les différents sommets mondiaux sur la société de l’information (SMSI - et plus particulièrement ceux des autorités locales organisés à Lyon et Bilbao en 2003 et 2005) et la Conférence de Lyon pour la solidarité numérique (25 nov. 2008) ont montré qu’il fallait pleinement prendre conscience des différents obstacles qui empêchent le développement d’une société de l’information et de la connaissance plus équitable.

Ainsi le triptyque « accès, usages, contenus » par lequel les experts s’entendent à délimiter la problématique de la société de l’information permet de comprendre ce double niveau d’obstacles. Les obstacles primaires sont ceux qui concernent dans la question de l’accès. Cette dernière se rapporte aux 3 niveaux d’infrastructures que sont la question de l’énergie, de la connectivité et de l’équipement. Les obstacles secondaires concernant l’appropriation technologique, c'est-à-dire la question du développement des usages et des contenus. Ils sont donc directement liés aux thématiques du développement que les TIC pourraient potentiellement faciliter (santé, éducation, agriculture, etc.).